Voici un sujet qui était dans les cartons depuis longtemps, mais qui est particulièrement d’actualité ces jours ci : le phénomène des aides à domicile (domestic helper) à Hong Kong, qui a sa page wikipédia.
Hong Kong compte de l’ordre de 300 000 aides à domicile étrangères. Il existe un visa de travail spécial pour les aides de maison, très dirigiste, qui fait qu’elles ont à peu près toutes le même contrat de deux ans : à plein temps dans une famille, nourrie et logée, avec impossibilité de prendre un autre travail à côté; un jour de repos par semaine, d’habitude le dimanche; un salaire minimum de 3740 HK$ par mois en 2011 (ce qui serait bien plus qu’à Singapour).
Traditionellement les employées de maison étaient Philippines, mais les Indonésiennes les ont rattrapé, et aujourd’hui le contingent est constitué pour moitié de Philippines, pour moitié d’Indonésiennes, avec quelques Thaï en plus.
Cette population de Hong Kong est à peu près invisible, sauf le dimanche, jour de repos, où tous les squares de Central au Victoria Park sont envahis par des nuées de jeunes femmes assises par terre sans façon pour passer la journer à pique-niquer et papoter.
Pendant une journée, elles se réapproprient donc notemment le quartier d’affaires, jusqu’au rez de chaussée de la tour HSBC qui ne ressemble pas trop à ça en semaine (la photo date de février 2010, il faisait plus froid à l’époque…)
Le merveilleux visa des domestic helpers, outre de leur valoir une queue spéciale à l’immigration à l’aéroport pour ne pas les mélanger avec tout le monde, est l’exception qui confirme la règle de la citoyenneté à Hong Kong : toute personne qui reste plus de 7 ans à Hong Kong peut demander et obtenir la résidence permanente (appelée right of abode grâce à nos amis d’outre channel), et bénéficier des avantages afférents comme la Hong Kong Permanent ID card, qui en jette un max, ou un chèque de 6000 HK$ le jour où le gouvernement a un excédent budgétaire. Tous, sauf les domestic helpers, qui ne peuvent obtenir la résidence permanente.
La question des aides à domicile semble en effet un sujet de clivage politique à Hong Kong, qui fait ressurgir les peurs de l’immigration incontrôlée et du dumping social; le visa est avant tout conçu pour éviter que les aides à domicile immigrent définitivement. A la fin ou en cas de rupture du contrat, le visa offre à l’employée 15 jours pour trouver une nouvelle place, ce qui est peu si on ajoute qu’elle était logée par l’employeur précédent, et est donc simultanément en train de déménager. Cela induit aussi une relation asymétrique entre le patron et l’employée de maison, qui a plus a perdre en cas de rupture du contrat, ce qui entrainerait de nombeux cas d’abus non dénoncés.
On en arrive à la question d’actualité : une Philippine, employée de maison depuis 1986 à Hong Kong a contesté la constitutionalité de la loi qui dit que les employées de maison ne peuvent pas avoir accès à la résidence permanente et a gagné dimache dernier (pour être rigoureux il n’y a pas de constitution à Hong Kong mais une Basic Law qui a été négociée par les Anglais et les Chinois avant la rétrocession). Ce qui ouvrirait potentiellement la porte à la résidence permanente aux quelque 100 000 employées de maison depuis plus de 7 ans, et éventuellement aussi à leurs conjoints et enfants, puisque la résidence permanente se transmet comme la citoyenneté. Du coup, le gouvernement a annoncé qu’il allait faire tous les recours possibles pour empêcher ce flot potentiel d’un demi million de Philippins sur l’archipel et ses programmes sociaux. Le suspens est à son comble.
* : cet excellent titre n’est pas de moi, et vient de “Hong Kong et Macau”, Lonely Planet 2006.

6 octobre 2011 à 10:12 |
Est-ce que du coup tu comptes engager une femme de ménage philippine pour ta chambre de 5 m2 ?
12 octobre 2011 à 2:01 |
J’y avais pensé, mais apparemment il y a une clause de “logement décent et avec une intimité suffisante” que l’employeur est obligé de respecter…
7 octobre 2011 à 7:32 |
C’est un terrible a dire mais malheureusement ont dirait un peu les elfes de maison de harry potter
18 octobre 2011 à 4:56 |
Tu m’en ramenes une pour mon palace de Thonon?
20 octobre 2011 à 5:55 |
Achète-toi un palace d’abord, après on verra.
13 novembre 2011 à 9:29 |
Y a eu aussi un article récent sur le sujet
http://www.monde-diplomatique.fr/2011/09/BRYGO/20917
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